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N°49

Cort Gold D6

Cort revisite son fond de commerce et nous propose, en guise d’étalon, une Dreadnought tout ce qu’il y a de plus traditionnel en assumant son côté convenu. Dans la gamme Gold, la D6 est ce qu’on s’imagine de la guitare de cow-boy, polyvalente et sans surprise. Nous n’avons pas pris de pincettes, donc, pour voir où se situait la nouvelle venue sur un marché plutôt encombré dans cette gamme de prix et ce style d’instrument.

Une réussite esthétique

Il faut dire que la D6 n’hésite pas à faire de l’œil à l’acheteur potentiel. Le choix du vernis naturel brillant a pour effet principal de mettre en valeur les essences de bois et de donner un côté plus luxueux à l’instrument que ne le ferait un vernis mat. En ce qui concerne les bois justement, nous sommes en présence d’une combinaison on ne peut plus classique. Épicéa de Sitka massif pour la table et acajou, massif également, pour la caisse et le manche, renforcé de deux inserts de palissandre. La touche est en palissandre, ainsi que le chevalet. Pour revenir à la table, elle est torréfiée, ce qui veut plus ou moins dire qu’elle a été cuite au four. Ceci a deux effets : le premier est une teinte très agréable et naturelle, le second, en principe, est d’accélérer le vieillissement du bois et de lui donner ainsi son plein rendement, même sur un instrument neuf. Cela reste difficile à apprécier sur une guitare dont on ne connaît pas le comportement sans ce traitement mais il faut avouer qu’esthétiquement c’est parfaitement réussi. La tête a un profil très géométrique, à la fois original et complètement classique dans le rendu, comme quoi on peut encore innover en la matière. Bravo pour ce petit détail qui fait vraiment la différence ! Le travail de fileterie est léger, il évoque presque un pinstripe, notamment sur la tête mais également tout le long du manche et des éclisses. Il est suffisamment présent pour donner une impression de haut-de-gamme, ce qui n’est assurément pas le cas puisque le prix de vente reste très raisonnable pour un instrument aussi bien fini.

Les mécaniques suivent le côté vintage avec des Grover ouvertes, dorées, pourquoi pas, c’est raccord avec le nom de la guitare. Le repère de la case XII est parfaitement en phase avec le dessin sur la tête et les rappels sur le chevalet. Bravo Cort, cela faisait longtemps qu’on n’avait pas croisé un instrument aussi visuellement satisfaisant dans cette gamme de prix. Last but not least, la guitare est livrée dans un étui semi-rigide tout à fait convaincant qui la protégera au mieux lors des déplacements courants et même plus.

Des sonorités classiques

La forme Dreadnought n’est en principe pas surprenante, on s’attend à trouver des basses assez profondes, et des aigus présents juste ce qu’il faut pour détacher les attaques lors du strumming. La caisse acajou n’offrant pas la complexité du palissandre, on sait aussi qu’on risque d’avoir un son assez monolithique et plutôt chaud, typique des Martin D18.

En l’occurrence, on n’est pas déçu avec la Cort qui respecte les codes de la Dread. D’une part, le confort de jeu est plutôt bon, sans être excellent, un réglage chez le luthier ou en magasin devrait permettre d’atteindre le nirvana puisque l’action est ici assez basse pour le jeu aux doigts mais supporte encore un peu le bottleneck. Il est donc possible de faire mieux pour qui ne voudrait que jouer en fingerpicking. L’accès aux aigus n’est pas non plus délirant mais dans la moyenne de ce qu’une jonction à la case XIV permet.

Les mécaniques jouent leur rôle et tiennent bien l’accord, dans la limite de ce que les cordes peuvent faire. Et c’est bien le souci de cette guitare à la sortie d’usine. Les cordes ne sont pas du tout à la hauteur des prétentions de Cort. Pourtant, on sent que la lutherie mériterait mieux. Les basses sont plutôt présentes et les mediums bien chaleureux comme on aimerait mais, déjà au jeu, on sent que les cordes accrochent et ne sont pas au niveau. Pourtant, il est question de cordes D’Addario EXP, donc, potentiellement de bonnes cordes que nous connaissons bien mais ne reconnaissons pas en l’espèce. Après un bon changement de cordes, il nous paraît évident que la Gold D6 va offrir un tout autre visage et sera plus plaisante à jouer. Non qu’elle soit injouable en l’état mais on sent le potentiel. On espère donc que seul notre exemplaire soit en cause, ce qui nous semble plausible.

Le son est dans la veine des Dreadnought avec des basses un peu moins présentes que sur une guitare vraiment haut de gamme. Tout ce qu’il faut, donc, pour jouer folk, blues, chanson, rock acoustique sans se prendre la tête des heures sur le son. On a directement ce dont on a besoin pour jouer en acoustique ou enregistrer.

Au final, malgré la critique formulée ci-dessus, la Gold D6 est un très bon instrument, vendu à un prix inimaginable il y a une dizaine d’années pour du tout-massif. Son design particulièrement réussi, ses fournitures massives et son étui très sérieux en font une guitare de premier plan pour qui ne cherche qu’une guitare efficace et belle, sans fioritures excessives, et qui n’a pas besoin d’amplification (non, le capteur piezo des électro-acoustiques n’est pas fait pour s’enregistrer, arrêtez de vous chercher des excuses pour acheter une guitare à pan coupé et amplifiée quand vos réels besoins vous orientent vers une acoustique pure…).

Bien que le marché soit saturé dans cette gamme de prix, la D6 a de quoi tirer son épingle du jeu, le constructeur ayant, depuis belle lurette, fait ses preuves en la matière. Ne vous arrêtez pas au jeu de cordes si d’aventure elle vous tentait car il y a fort à parier que cette Cort soit un bon compagnon de jeu pour les prochaines décennies.

Régis Savigny

 

On aime : Le look, le son (et encore plus en changeant les cordes), l’étui fourni, la qualité de fabrication

On aime moins : Les cordes montées sur notre exemplaire qui gâchent un peu la fête

Prix : 665 €

Contact : www.cortguitars.com