Edito
Il y a longtemps que nous suivons Antoine Boyer. Nous l’avons vu grandir, passer du statut de prodige du jazz manouche à celui d’artiste total. Mais en ce début d’année 2026, quelque chose a bougé. Antoine est en train de changer de dimension. Sa récente collaboration avec l’alien italien Matteo Mancuso et son passage remarqué chez le « faiseur de rois » américain Rick Beato ont fini d’asseoir sa réputation à l’international. Pourtant, ce n’est pas la virtuosité pure qui fascine chez lui. Des techniciens hors pair, YouTube en déverse des milliers chaque jour. Non, ce qui force le respect, c’est cette capacité rare à tout jouer sans jamais se diluer. Qu’il cite Django, qu’il s’attaque à la pop ou qu’il explore l’harmonie contemporaine, il ne sonne pas comme un caméléon qui imite, mais comme Antoine Boyer. Son éclectisme n’est pas une dispersion, c’est une force centripète qui ramène tout à sa propre personnalité musicale. Cette quête d’une voix unique, d’une signature indélébile, traverse tout ce numéro. Elle s’exprime de manière spectaculaire chez Marcin, qui a choisi une tout autre voie pour marquer son époque, celle de la percussion et de l’impact visuel, redéfinissant ce qu’une guitare acoustique peut produire comme fracas rythmique. Elle guide aussi le parcours de Thibault Cauvin, qui continue de sortir la guitare classique des conservatoires pour la faire voyager vers un public toujours plus large. L’identité, c’est aussi savoir mettre l’instrument au service du propos. C’est ce que nous raconte Guilhem Valayé, qui électrise sa folk pour mieux porter ses textes, ou encore François Vendramini, dont les créations, comme cette surprenante Mini Dreadnought que nous vous présentons, prouvent que la lutherie française a encore des histoires fascinantes à raconter. Une singularité que l’on recherche aussi avidement dans les allées du salon vintage de Toulouse, où la quête du « vieux bois » est avant tout une quête d’âme. Enfin, l’histoire de la guitare s’écrit aussi au passé. Nous rendons hommage à l’immense Ralph Towner (1940-2026), qui nous a quittés en ce début d’année. Pionnier du son ECM, il laisse derrière lui une oeuvre où le silence comptait autant que les notes, et où la 12-cordes est devenue un orchestre à part entière. Une preuve éternelle qu’au final, ce n’est pas le genre qui compte, mais bien ce que l’on a à dire et de le dire avec style. Bonne lecture!
Régis Savigny
Numéro N°72
7,90€


