Edito
Après la catastrophe des feux de forêt de cet été, il va falloir trouver de l’énergie pour se relancer sur cette fin d’année. Peut-être est-ce l’occasion de réinventer nos pratiques pour qu’elles impactent moins la planète ? Choisir des instruments fabriqués en local, quand les finances nous le permettent, s’équiper en occasion et pas trop loin de chez soi : voici deux pistes plutôt intelligentes qui n’empêchent pas de se faire plaisir et qui sont l’occasion d’aller à la rencontre de nos luthiers français ou des musiciens autour de nous. Pour ce faire, il y a aussi les salons de guitare qui fleurissent partout en France : nous vous offrons deux comptes-rendus, un du Bordeaux Star Guitar et l’autre du Miremont Guitares Festival, du côté de Marseille, et notre entretien avec les deux têtes pensantes du Festival Guitare Issoudun. Si notre instrument est par essence bien moins énergivore que la guitare électrique, encore faut-il qu’il soit construit avec des essences durables, qui poussent au plus loin en Europe, dans l’idéal, en France. Nous avons des forestiers fabuleux qui connaissent bien les essences, savent les exploiter et valoriser ces dernières : c’est éviter que de magnifiques arbres comme les noyers ou les cormiers finissent en pulpe à papier. Certes, certaines des guitares de nos tests sont américaines et construites en bois exotiques, mais la guitare d’Andres Viquez testée dans ce numéro est faite en majeure partie de bois français. Même chose pour les bottlenecks et tonebars de La Voix de Son Mètre, en buis notamment, et fabriqués dans l’Hexagone. Choisir de vous informer sur un support durable, fabriqué en papier recyclé, c’est aussi donner un peu moins d’importance aux inévitables réseaux sociaux et autres intelligences artificielles qui vont jouer un rôle majeur dans les émissions de gaz à effets de serre et l’utilisation de ressources vitales. Pour les artistes, résister à ce progrès qui n’en est pas un (si ça bénéficie à un petit nombre tout en nuisant à tous les autres, c’est néfaste à la société, donc potentiellement à bannir, mais tout se discute les amis...), c’est également demander aux organisateurs d’arrêter de faire la promotion des événements avec l’IA. Ça ne met rien en valeur, ni l’artiste, ni l’événement, ça flingue le boulot de graphistes compétents et quand bien même ce serait fait à la main, il est préférable de voir une communication un peu maladroite réalisée avec coeur, qu’une affiche techniquement OK, mais qui ressemble à celle du voisin (honnêtement, toutes les affiches des petits concerts, guinguettes, événements de cet été se ressemblaient). Si c’est pour finir par uniformiser et la création graphique et la musique (arrêtez les « artistes IA » par pitié), on ne voit pas ce qui subsistera pour communiquer entre êtres humains. Heureusement, il reste de véritables artistes : Yamandu Costa, Tété, Mike Dawes… ou encore le regretté Marcel Dadi à qui nous dédions ce numéro… Ces musiciens, avec six cordes, un peu de travail et une véritable envie de toucher leurs semblables, rendent ce monde un peu meilleur. On n’est pas en train de vous demander de choisir votre camp, mais faudrait pas voir à nous pousser trop. Faites-vous du bien avec ce numéro concocté avec amour.
Bonne rentrée à toutes et tous
Numéro N°74
7,90€


