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N°41

Muriel Anderson – La grande prêtresse de la guitare acoustique made in USA
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Muriel Anderson, la petite protégée de Chet Atkins est aujourd’hui une des figures incontournables de la guitare acoustique aux USA. Loin de se reposer sur ses lauriers, Muriel ne cesse d’innover et de nous surprendre par sa virtuosité qui semble sans limite. Depuis quelques années, elle est devenue une référence de la guitare-harpe (déterrée par le regretté Michaël Hedges) et sans aucune préméditation, une de ses vidéos de démonstration est devenue le buzz viral de l’été dans le monde de la guitare 2.0 ! Elle se fait rare en France mais en juin dernier elle donnait un concert à Paris, une occasion en or pour Guitare Sèche de converser avec cette légende de la guitare acoustique.

Quand as-tu commencé ton apprentissage de la guitare ?
J’ai pris mes premières leçons de guitare folk vers l’âge de 7 ou 8 ans. Cela m’éclatait de gratter des accords et de chanter. J’aimais spécialement ajouter des lignes de basses dans mes accompagnements, en complexifiant la main droite, jusqu’à ajouter des percussions. C’est comme cela que je me suis intéressée au fingerpicking et flatpicking (technique au médiator – ndlr).

Avais-tu des guitaristes de référence ?
J’adorais Doc Watson avec ses sonorités chaudes et son incroyable feeling, aussi bien en fingerpicking qu’en flatpicking. Plus tard, mes maîtres ont été Chet Atkins, Pat Metheny, Christopher Parkening (guitariste classique américain – ndlr) et Andres Segovia.

Il y a 20 ans disparaissait Marcel Dadi. Tu as écrit une composition en son hommage. Où l’as-tu rencontré pour la première fois ?
C’était au CAAS (Chet Atkins Appreciation Society – convention annuelle se déroulant à Nashville -ndlr). Il était avec Jean-Felix Lalanne, ils jouaient en duo. J’étais avec Marcel la nuit précédent la catastrophe et je me souviens lui avoir proposé d’échanger ses dollars américains contre des francs. Il m’a répondu que ce n’était pas la peine. Le lendemain Chet m’appelle et me demande si par chance, Marcel n’était pas dans ce vol.
Il y a une dizaine d’années j’ai composé « Bells for Marcel » qui est joué dans le style Dadi en son hommage. Au départ le morceau ne s’appelait pas comme ça mais sur la route en direction du studio pour l’enregistrement de ce titre, les cloches d’une église, se trouvant sur le trajet, se sont mises à sonner. Elles étaient à l’unisson et en rythme avec ma composition. C’était incroyable. Du coup, sur l’enregistrement, j’ai rajouté des sons de cloches et le titre du morceau était tout trouvé.

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Comment est né le All Star Guitar Night ? Comment as-tu eu cette idée, quel est son but et est-ce que tu as des anecdotes a nous raconter, en 22 ans de ?
Son origine remonte à l’année 1993. C’était une jam session improvisée à la suite du CAAS et du NAMM Show (celui de l’été, le « summer » – ndlr), deux événements qui réunissent les meilleurs guitaristes du moment. Dans une ambiance décontractée, on se réunissait tous autour de la piscine de l’hôtel pour des duos, et la magie opérait ! L’année d’après, on a remis ça, mais sur une scène. Nous nous étions bien amusés, et le public aussi. John Schroeter de Fingerstyle Guitar Magazine était là, et il a écrit un article sur notre concert et l’a appelé le « All Star Guitar Night » : le nom vient de là !
Ce show représente un très gros investissement en termes de travail et de temps. J’ai voulu jeter l’éponge à plusieurs reprises, et à chaque fois, il y a toujours eu quelqu’un pour me dire : « Mon rêve est devenu réalité grâce à toi », ou « C’est la seule raison qui me fait venir au NAMM chaque année » (le All Star Guitar Night se déroule en marge du NAMM Show – ndlr). Donc, vous comprenez que c’est difficile d’arrêter quand cela représente tant pour de nombreuses personnes. Heureusement, Brad & Ali (CEO de Truefire : célèbre site de cours en ligne -ndlr) et tous les joyeux drilles de Truefire font un super boulot sur la production du show, ce qui permet aujourd’hui de trouver toutes les vidéos du show sur www.allstarguitarnight.com et www.asgn.tv.
Ils sont aussi partenaires de mes vidéos pédagogiques.

Et à côté de cela tu as aussi une association caritative…
J’ai créé cette association, la Music For Life Alliance, pour aider les enfants à pratiquer un instrument de musique. Nous sommes toujours pourvoyeurs de fonds pour l’association puisse faire face et offrir le maximum.

Tu joues de la guitare classique, mais aussi bluegrass, picking, flamenco. Est-ce qu’il y a des styles que tu n’as jamais abordés ?
J’aime jouer tous les styles de guitare qui m’inspirent, et pour rester inspirée, j’essaye de découvrir tout le temps de nouvelles choses. Par exemple, hier j’ai jammé avec Avirodh Sharma, un joueur de tablas que j’avais rencontré en Italie. Il m’a montré des trucs super cool en musique Indienne. C’est la première fois que je touche à la musique Indienne, et c’est très intriguant ! C’est peut-être une nouvelle influence que vous allez entendre dans mes futures compositions.

« J’aime jouer les styles de guitare qui m’inspirent, et pour rester inspirée, j’essaye de découvrir tout le temps de nouvelles choses »

Tu es aussi connue comme une spécialiste de la guitare-harpe, quelle est ton approche de cet instrument qui est en train de devenir très à la mode ?
Il n’y a pas qu’une seule manière de jouer ce type d’instrument, et je continue d’en découvrir la richesse. Vous pouvez en voir et en écouter sur www.murielanderson.com et aussi sur Facebook, car une de mes vidéos de démonstration pour une guitare-harpe Brunner est devenue fortement virale (plus de 1,7 millions de vues en 2 semaines ndlr). J’ai de nombreuses guitares-harpes, mais ma préférée est celle que m’a fabriqué Mike Doolin. Elle est équipé de 20 cordes avec des basses et aigus supplémentaires.

Ton dernier album en date Nightlight Daylight est un succès, qui a remporté plus de onze Awards (nationaux et internationaux). Quel est le concept de cet album ?
Le concept de l’album vient d’un cadeau que j’ai fait au premier bébé de ma meilleure amie – c’était un CD pour l’aider à s’endormir. Pour son deuxième bébé, c’était un album pour l’aider à se réveiller…peut-être plus destiné aux parents, quand j’y repense ! Donc, il y avait 2 CDs, un pour le matin et l’autre pour le soir.
J’ai écrit des mélodies assez complexes, car je n’ai pas sous-estimé la capacité de l’enfant À comprendre intuitivement une musique profonde, mais belle. Autre exemple, sur le dernier titre du CD Nightlight, ma guitare est  accordée en La 432Hz, qui est une ancienne fréquence de La qui est censée être plus en adéquation avec le corps humain, avec un rythme proche du nombre d’or, afin de résonner par sympathie avec la nature.
J’ai eu l’idée du « Illuminated Media Packaging™ » en 2005, et finalement, c’est devenu la première pochette d’album avec de la fibre optique incorporée. Quand vous appuyez sur la lune, les étoiles fixes et filantes s’illuminent et clignotent. Les deux pochettes (c’est un album à deux faces – ndlr) ont été désignées par Bryan Allen et lors du processus de création nous sommes tombés amoureux et maintenant, nous tournons ensemble !

Justement, lors de ton concert à Paris, j’ai découvert de nombreuses nouvelles compositions et aussi ton concept « Wonderlust » mêlant son et vidéo.
J’adore l’effet que procure l’alchimie entre le son et les images de Bryan, ce qui me fait dire que mon prochain concept sera résolument multimédia.

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Quelles sont tes guitares de scène ? Utilises-tu tout le temps un pedalboard ?
Ma principale guitare de scène est une guitare flamenco, une Camps Tierra Negra, fabriquée en Espagne. J’ai aussi une guitare-harpe de voyage de Mike Brittain, avec des aigus escamotables par Brunner. Je vais commander une nouvelle guitare-harpe à Brunner, qui pourra être placée dans un étui spécial « double », qui contiendra la guitare-harpe et la flamenco. Mon pedalboard est composé de deux pédales d’égalisation paramétrique (MXR – ndlr) et d’une pédale d’accordage.

A ce concert, tu as quasiment tout le temps parlé en français. As-tu des connections particulières avec la France ?
En effet, j’ai une affinité particulière avec la France. J’ai appris votre langue en tournée en écoutant des cassettes dans ma voiture, et aussi, lors de l’enregistrement des deux albums que j’ai fait en duo avec Jean-Felix Lalanne.
Et pour tout te dire, je parle aussi l’allemand ainsi que l’italien. Parler plusieurs langues permet de mieux comprendre la culture du pays où l’on se trouve…c’est un peu comme en musique !

Parfois, j’ai entendu parler du fait que tu n’étais pas acceptée dans le monde de la guitare classique, et peut-être pas vraiment dans les autres styles. Est-ce que le fait d’être « multistyles » te pose des soucis ?
C’est vrai que ma guitare principale est classique ou flamenco, même si je ne me considère pas comme une guitariste classique. Je ne me limite pas à ce répertoire, mais, en effet, mes compositions sont très proches de pièces classiques. La preuve, certaines de ces compositions ont été jouées aussi bien par l’Orchestre de Chambre de Nashville que par un groupe à cappella ! Je rêverais que le monde du classique découvre mes publications, comme « New Classics For Guitar,Cello And Viola » (Mel Bay publications).
Il était un temps, où l’on considérait que le fingerstyle devait être joué sur guitare acoustique à cordes acier. Je fus la première à gagner le titre de Fingerstyle Guitar Champion avec une guitare à cordes nylon. Dans l’univers fingerstyle, je suis très bien accueillie malgré mes nombreuses incartades et explorations.

Quels sont, pour toi, les trois grands moments de ta carrière ?
En premier je dirais lorsque j’ai gagné le concours local du Downers Grove Rotary, quand j’étais encore au collège. Puis lorsque j’ai gagné le titre de « National Fingerstyle Champion » en 1989, ma première reconnaissance nationale. Et pour finir, mon dernier album en date Nightlight Daylight est pour moi ma plus grande fierté et mon travail le plus abouti.

Une dernière chose à dire à nos lecteurs ?
Très heureuse que vous me lisiez ! Voilà un lien qui va vous permettre de télécharger gratuitement un titre « bonus » de mon dernier album : www.murielanderson.com/nightlight. Et si vous indiquez « France » lors du téléchargement, je vous enverrais un message lorsque je jouerai en France, j’espère en Mars prochain…